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Sans Regret  -  par philocat

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Sans regret.

Dans le foisonnement des séries qui alimentent l’offre audio visuelle, il en est une que j’affectionne tout particulièrement.

Il s’agit de Shameless (version US).

La famille Gallagher habite un quartier pauvre de Chicago. La maison des Gallagher, bien qu’assez délabrée, est réellement chaleureuse. Elle abrite une fratrie de 6 enfants que Franck, père alcoolique, chômeur, roi de la débrouille et de l’échec laisse livrés à eux-mêmes. Leur mère bipolaire les a abandonnés depuis longtemps pour aller vivre avec une autre femme. Elle se manifeste de manière tout à fait sporadique et ses apparitions se révèlent passablement délétères pour les enfants.

Fiona, âgée de 20 ans au début de la série, aînée de la famille, élève tant bien que mal, mais avec le plus grand dévouement sa sœur et ses quatre frères. Elle doit effectuer des tas de petits boulots mal payés et peu gratifiants pour faire face aux échéances mensuelles et subvenir aux besoins de la famille. Mais, attentive aux maux de chacun et animée d’une énergie débordante, elle assume avec courage et détermination son rôle de mère/grande sœur, reléguant au second plan sa vie amoureuse.

Le plus âgé des frères, Lip, est doué d’une intelligence supérieure qui lui permettra de décrocher une bourse universitaire agrémentée de quelques petits trafics et jobs en tous genres. Lip est très lié à son frère Ian d’un an son cadet qui lui avoue secrètement son homosexualité. Ian a hérité de la bipolarité de sa mère et doit se soumettre à un traitement qu’il n’accepte pas toujours. Après avoir travaillé dans une épicerie, il suit un entrainement dans des camps militaires. Il entretient une relation amoureuse mouvementée avec Mickey un des voisins.

Vient Deborah qui se sent parfois bien seule au milieu de tous ces garçons.  Elle s’occupe de son petit frère Liam le benjamin de la dynastie est pétrie de bons sentiments. Elle fait d’ailleurs preuve d’une grande indulgence vis-à-vis de Franck. Ce dernier, lors d’une de ses épisodiques apparitions, entreprend de former Carl au système « D ». Carl est un enfant un peu inquiétant tant il adore faire des expériences à la limite du sadisme sur les objets, les animaux, parfois sur lui-même. À l’école, il se révèle assez violent et se lance très précocement dans le trafic de drogue.

À l’issue de cette présentation, on s’attend à découvrir un univers bien peu réjouissant. Et pourtant rien de misérabiliste dans cette production. Le réalisateur nous projette dans un monde déjanté, où le trash cohabite avec la tendresse, le rire avec la tristesse. Les situations désopilantes alternent avec des drames dont chacun des personnages se relève singulièrement. Les Gallagher évoluent constamment sur la corde raide toujours à la limite de la légalité pour survivre et lorsque de rares instants de quiétude se présentent, la réalité les rattrape inexorablement et les rappelle à leur condition de pauvres.

Car au bout du compte, ce que nous décrit John Wells dans son adaptation de la version anglaise de Paul Abbott, c’est une condition sociale sans perspective d’évolution vers un avenir meilleur. Épisode après épisode, saison après saison, le concept Bourdieusien de « reproduction des inégalités » prend toute sa force. Dans cette Amérique où la pauvreté résiste à la débrouille, les Gallagher pourtant déploient un génie créatif étonnant pour survivre. La vitalité qui les anime est sans limites, leur sexualité sans tabou ; ils sont profondément eux-mêmes, sans inhibition. C’est sans doute cette absence totale d’hypocrisie qui les rend si attachants, car le réalisateur évite scrupuleusement l’écueil du manichéisme. Les personnages bourrés de contradictions nous ressemblent tellement ; tantôt admirables, tantôt pitoyables. C’est une des grandes forces de cette série.

Un autre trait de génie de la série consiste à adopter comme fil conducteur la solidarité indéfectible qui unit les électrons libres de la galaxie Gallagher. Lorsqu’il s’agit de défendre, d’aider, voire de sauver un des leurs, les disputes, les brouilles (toujours passagères), sont définitivement reléguées aux oubliettes. Enfin, il serait injuste de conclure sans parler des merveilleux personnages secondaires, les satellites de la galaxie Gallagher, qui revêtent une importance non négligeable.

C’est le cas des amis fidèles de la famille, un couple formé par Veronica complice et compagne de galères de Fiona et Kev, barman à « la chambre de l’Alibi » le seul bar qui accueille encore Franck. Et puis, il y a Sheila, Mickey, Mandy, etc. Et bien d’autres personnages secondaires tous dignes du plus grand intérêt.

Dans le monde tragicomique des Gallagher l’étonnement est permanent, l’ennui est banni, la puissance du rire dénonce avec force une société cruelle que les Gallaguer affrontent avec courage et dérision.

Publié le 21/10/2016 16:12  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Loi El Khomri : le sismographe s’affole…  -  par Philocat

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Loi El Khomri : le sismographe s’affole…

Les politiques et les médias nous présentent la mondialisation comme une inexorable fatalité à laquelle nous ne pouvons échapper. Depuis le début des années 80, sous ce prétexte, les gouvernements successifs infligent aux peuples une série de mesures d’austérité invoquant sans cesse le pragmatisme économique. Un des piliers de la rhétorique politique et médiatique légitimant ces dispositifs repose sur la valeur travail.

Pourtant, celui-ci se raréfie, et alors qu’en France nous sommes réputés pour être les champions de la productivité, on ne cesse de nous décrire comme des oisifs pervertis par les 35 heures. La loi Aubry, bien que considérablement assouplie depuis 2003, rendue responsable de tous nos maux, demeure pour le pouvoir politique, y compris celui qui l’avait instaurée, l’ennemi à abattre. C’est précisément une des cibles de la loi El Khomri, laquelle, de manière plus générale, s’est donné pour objectif de flexibiliser le travail.

Accorder davantage de liberté au chef d’entreprise comme au travailleur pourrait être considéré comme un progrès humain, malheureusement, l’absence de mesures pour sécuriser le parcours du salarié pénalise ce dernier une nouvelle fois. Le coup de grâce consisterait à réduire la durée d’indemnisation des chômeurs, un dispositif dont il est pourtant question. La réponse de la ministre à la pétition « loi travail non merci ! » sur le thème de la sécurisation corollaire de la flexibilisation est plus qu’évasive et pour cause, le « compte personnel d’activité », une sorte de fourre-tout marketing où cohabitent des droits mal définis, fait office de pansement sur une jambe de bois.

L’ensemble des mécanismes prévus dans la loi travail modifie profondément l’équilibre entre les droits de l’employeur et ceux du salarié. Était-il besoin de s’attaquer si frontalement au Code du travail ? Le fait de pouvoir licencier plus facilement créera-t-il réellement des emplois ? Les partisans de la loi avancent l’argument selon lequel les pays qui ont assoupli leur législation ont vu la diminution du chômage, mais en observant de près les études réalisées dans les pays concernés, le lien entre flexibilisation du travail et baisse du chômage n’est pas avéré. Des facteurs variés spécifiques pour chaque pays expliquent cette tendance.

(Loi Travail : la flexibilité marche-t-elle ailleurs en Europe ?)

La flexibilité dans une société de plus en plus ubérisée existe déjà, car beaucoup d’employeurs à défaut d’embaucher des salariés font appel à la sous-traitance de micro-entrepreneurs, travailleurs indépendants affiliés au régime Rsi déficitaire et offrant une couverture sociale pitoyable.

Au lieu de chercher des solutions adaptées à l’évolution de la société visant à un équilibre économique et écologique tout en assurant sécurité et épanouissement à l’individu, nos dirigeants, engagés dans une spirale libérale ascendante, se référent à des grilles de lecture issues du XIXe siècle.

Voici donc une nouvelle occasion manquée par la Gauche de se réconcilier avec son électorat. Dès lors, il ne faudra pas s’étonner que par désarroi ou par dépit le peuple de Gauche trahi par les siens s’oriente vers des solutions troubles voire dangereuses…

Cette désaffection pour la représentation politique est toutefois tempérée par l’émergence de mouvements tels « Nuit debout » à l’instar des « Indignés » ou des « Occupy Wall Street » à la recherche, sans doute encore mal définie, d’autres formes d’expression démocratique. Une lueur d’espoir dans le monde obscur de la politique ?

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Publié le 21/05/2016 14:37  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Entre baigneurs et parasols, Menton ne fait semblant de rien  -  par Philocat

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Menton : Les migrants de l’autre côté du miroir.

Le journaliste italien Massimo Calandri, correspondant à Gênes pour le quotidien « La Repubblica » est venu enquêter à Menton sur la condition préoccupante des migrants. Les médias français nous abreuvent d’images de naufrages sur les côtes italiennes, mais lorsqu’il s’agit de la frontière franco-italienne, en fonction de l’effet recherché, certains minimisant le phénomène, d’autres au contraire l’amplifiant, finalement, peu de reportages traitent avec objectivité de la situation à Menton. Pour y travailler et franchir régulièrement la limite entre les deux régions européennes, je connais un peu la conjoncture dans cette petite ville tranquille.

Il m’a paru intéressant de traduire l’article du journaliste qui dépeint avec justesse et sensibilité le contexte mentonnais, nettement moins dramatique qu’en Italie, car le bras de fer qui oppose Manuel Valls et Matteo Renzi semble pencher pour l’instant « en faveur » du Premier ministre français. Rares sont les migrants qui réussissent à pénétrer véritablement sur notre territoire.

Le microcosme mentonnais incarne à moindre échelle l’état d’esprit européen actuel : l’émotion devant la souffrance de ces pauvres gens que l’on ne veut toutefois pas voir chez soi…

Crise de 2008, absence d’identité politique et sociale de l’Union européenne, globalisation ?  Beaucoup de facteurs expliquent la tendance au repli sur soi, mais on pourra ériger tous les murs du monde, virtuels ou réels, rien n’arrêtera les migrants. Ils n’ont rien à perdre, la mort ne les effraie pas ;  ils l’ont côtoyée de si près qu’elle leur est désormais familière.

Entre baigneurs et parasols, Menton ne fait semblant de rien.

D’après Massimo Calandri

À cent mètres de là, cela semble une tout autre histoire.  Une petite crique entre les rochers. Quelques couples prennent le soleil ; une jeune fille nage et rit effrayée, son fiancé vient de plonger et la poursuit. Sur la promenade, une élégante dame d’âge mûr  est contrariée ; son grand chapeau de paille risque de s’envoler.  Le Libeccio : vent chaud, africain.

Mais cent pas plus loin, de l’autre côté de la frontière entre l’Italie et la France, au-delà de ce mur de gendarmes et fourgons, le vent souffle également, plus léger. Cependant, ne vous y fiez pas. C’est seulement une impression.

« Indésirables » titre Nice-Matin, le quotidien local. Une grande photo de la gare de Vintimille, avec la foule des migrants et de la police. Dans l’article, l’adjectif « misérables » est répété à plusieurs reprises ainsi que les mots : peur, tension, illégal. Il y a un entretien avec Enrico Ioculano, le maire : il est décrit comme «  un jeune playboy italien à  Rayban », élégant, élu après qu’une enquête sur la mafia a fait place nette des politiques.

Le maire de Menton, lui, est Jean-Claude Guibal, 74 ans et depuis 25 ans premier magistrat de la ville. C’est un responsable politique membre de l'Ump, désormais rebaptisé « les Républicains », le parti de droite de Sarkozy. Son épouse est la sénatrice Colette Giudicelli, numéro deux du conseil général des Alpes-Maritimes, présidé par Éric Ciotti, « Monsieur Sécurité ». Tous Républicains. Du reste, dans la riche et conservatrice Riviera française il ne pourrait en être autrement. Menton ressemble à Santa Margherita Ligure : 30.000 habitants, fréquentation touristique d’une classe moyenne supérieure, rues propres et limitation de la vitesse à 30 km/h, un beau musée dédié à Cocteau, beaucoup de villas, mais aussi des studios : les Français du Nord, voire les Italiens, après leur retraite ont investi ici, climat mythique et tranquillité. Jean-Claude Guibal a demandé hier au Premier ministre Manuel Valls de « maintenir la frontière fermée et protégée, ne serait-ce que pour faire comprendre à celui qui penserait émigrer qu’en Europe il n’aura pas d’avenir ».

Après la frontière, en passant par le Pont Saint-Louis, la route du bord de mer, le premier magasin est une boulangerie qui fait aussi bar ; la propriétaire de « L’amie de pain », Stéphanie, est une jeune femme blonde. Elle dit que cela fait de la peine de voir « les migrants traités comme des chiens, prisonniers d’une loi qui n’existe pas. Et quelle honte, les gens qui bronzent devant eux en faisant mine de rien. »

Hier matin, un monsieur, un Italien a acheté beaucoup de croissants : «  Il disait qu’il les aurait portés à ces garçons. Ainsi, nous leur avons donné nos « baguettes ». Ce n’est pas beaucoup, mais c’est tout de même quelque chose. »  Ces dernières années il en a vu des centaines, passer la frontière à pieds, silencieux, la tête basse. Et de poursuivre «  Personne ne m’a jamais créé de problèmes. Menton est une ville tranquille. Mais, les choses ont changé depuis quelques mois, car avant, ils étaient seulement de passage, ils ne s’arrêtaient pas en France. Maintenant, c’est différent. Désormais, les Français ont peur. »

Jean-Michel, pharmacien à la « Hanbury » magasin situé à l’entrée de Menton, se revendique un français exemplaire : « ni droite, ni gauche, je ne vote plus. Mais je travaille dur, je paye mes impôts. » Et il dit que non, les migrants ne doivent plus venir en France. « Ils traversent le pays et arrivent à Calais au bord de la Manche. Cela ne posait pas de problèmes quand ils allaient en Angleterre, en Hollande, ou en Allemagne. Mais aujourd’hui, ils ne réussissent plus à passer et on les retrouve quelque part travaillant au noir, alors que les Français sont au chômage. Santé, école et services : nous devons payer pour eux, mais aujourd’hui, il n’y a plus d’argent ».

Le Narval est le bar le plus ancien de Menton : vingt ans en arrière, les Italiens venaient acheter cigarettes et alcool. Désormais, c’est le contraire qui se passe, ce sont les Français qui vont au bar Conad, un kilomètre plus loin en Italie : les prix sont plus intéressants. « Mais les Italiens continuent à être d’excellents clients, car ici il peuvent jouer aux courses ». Cependant, depuis quelques jours, ils disent que l’on ne voit plus personne : avec le blocage à la frontière, les gens n’ont pas envie de faire la queue. Et à la veille de la saison estivale, ceux de l’office de tourisme esquivent le problème.

Parmi les couples de la plage, il y en a un de Mondovì­­­. Ils sont retraités et possèdent un studio à Menton. Ils sont arrivés il y a quelques jours en train. « Et comme toujours, à la petite gare de Garavan (la première après la frontière) c’est l’horreur : les CRS qui montent à bord, crient et trainent par terre ces pauvres garçons. Ce n’est pas juste, ce n’est pas humain. Et puis, chez nous, il n’y a plus de place, c’est le reste de l’Europe qui doit les prendre ». 

Publié le 09/07/2015 10:07  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Philippe Val touche le fond  -  par philocat

Philippe Val touche le fond  

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Philippe Val publie un pamphlet intitulé « Malaise dans l’inculture ».

Durant la première décennie de notre siècle, nous fûmes des lecteurs assidus des éditoriaux qu’il signait dans Charlie Hebdo. Mais, aujourd’hui, nous n’achèterons pas son livre.

Philippe Val savait alors exprimer avec un certain talent sa révolte contre la souffrance des naufragés de la société, ceux-là mêmes qui constituent un substantiel objet d’étude pour les sociologues. En ces temps, le « sociologisme » ne l’exaspérait point, bien au contraire, la sociologie représentait une source d’inspiration féconde pour ses collaborateurs et lui-même. Philippe Corcuff intervenait parfois dans les colonnes du journal, avant de suspendre sa contribution à la suite d’un différend avec le directeur de la rédaction…

En 2008, la révocation de Siné  accusé d’antisémitisme soulève de violentes polémiques. Ce licenciement considéré comme abusif pour certains, légitime pour d’autres semblait plutôt mettre fin à un conflit sous-jacent qui opposait les deux journalistes. Alors, Siné antisémite ou simplement provocateur ?

En 2009, il est nommé à la tête de France Inter, désignation que certains calomniateurs attribuent à son amitié avec Carla Bruni. L’affaire « Pierre Porte et Stéphane Guillon » vient nourrir le doute sur l’attachement inconditionnel de Philippe Val à la liberté d’expression qu’il défend avec tant de ferveur. Aujourd’hui, Philippe Val doit se sentir bien seul.

Sans doute est-ce une des raisons pour lesquelles, il déverse son amertume et ses frustrations lors de ses interventions dans les médias. Il rejoint ainsi la joyeuse confrérie des Finkielkraut, Bruckner, Zemmour et quelque ex-gauchiste converti au tout libéral, qui au nom du libre arbitre exonèrent la société de toute responsabilité.

Oncle Bernard doit se retourner dans sa tombe…    

Publié le 18/04/2015 14:47  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Liquider la dette  -  par martial

Introduction à un article de Dominique Plihon sur l’annulation de la dette grecque par Martial  

Le XIXe siècle nous a appris avec Marx que « La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n’a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n’a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d’autrefois ».  

Le XXe siècle fut le siècle de la lente transformation du Capital bourgeois en un Capital financier, dans les années 1990 et 2000 par la chute du mur de Berlin. Ce Capital financier ne voyant plus d’obstacle théorique à son émancipation (Surprimes, dettes, hedge fund, Ponzi... etc.) avec un langage économique élaboré (dont les Kerviel, Tourre surnomé « Fabolous Fab », Madoff  surnomé « l’homme qui parlait aux marchés ») a supplanté tous les patrons d’entreprises (l’entreprise paternaliste de papa) et fini d’achever son œuvre par la négation même du peuple, finalement la démocratie. Encore une fois une lutte s’engage entre la démocratie (non la démocratie parlementaire ! Celle d’une élite, d’une théocratie, la vraie démocratie où nous ne sommes plus des électeurs, mais celle des Citoyens) et les institutions financières, qui sera finalement le combat du XXIe siècle.

Finalement l’homme n’est-il pas Sisyphe, l’éternel retour de Nietzsche, la persévérance de l’être « Conatus » de Spinoza, toujours confronté au mur qui se dresse devant lui, pour finir au bout du compte par être Socrate, dérangeant, frondeur par la maïeutique, recherchant la vérité, politiquement investi par une mission, pour changer la cité corrompue par les sophistes « les marchands de savoir », l’oligarchie des experts déjà présente à cette époque.

Que serait une armée de Socrate ? Au prix de finir en prison ou de boire la ciguë. 

Publié le 27/02/2015 10:47  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Danse à la verticale  -  par Capleymar

Un peu de poésie dans ce monde...

Publié le 29/01/2015 13:28  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Inégalité et individualisme  -  par Philocat

INÉGALITÉ ET INDIVIDUALISME

Cet été, les conversations passionnantes échangées par courriels avec une amie partie en voyage m’ont suggéré une idée de billet à publier sur le blog. Nos discussions gravitent principalement autour de deux concepts qui sont : les inégalités et l’individualisme.

Je défends la thèse selon laquelle l’individualisme est un frein parmi d’autres à la constitution d’un mouvement solidaire destiné à lutter contre les inégalités.

Mon amie pense que de tout temps, « chacun cherche à survivre pour lui et sa famille, puis progressivement quand le niveau de vie s’améliore, à vivre le mieux possible pour lui et ses proches »

Nous nous rejoignons sur deux points essentiels ;

  • les régimes communistes n’ont apporté aucune solution à la résolution du problème des inégalités, bien au contraire.
  • Aujourd’hui, « une petite élite mondiale concentre l’argent et le pouvoir ». Certains mouvements « en réaction à un individualisme décrié » s’organisent pour lutter contre ce système au niveau de l'économie collaborative, par le biais des réseaux sociaux, de nombreux bénévoles s’investissent dans des associations.

Quelques idées émergent de cette correspondance…

Il existe 2 types d’inégalités : naturelles et sociales.

La politique devrait s’employer à rectifier ou, de manière plus réaliste, atténuer les inégalités naturelles et surtout sociales. Or, force est de constater que, quels que soient les gouvernements successifs, les inégalités se creusent...

Ce n’est pas moi qui le dis, mais le très respectable Institut national de la statistique INSEE.

Et pourtant, pourquoi les laisser pour compte, ceux qui souffrent de discriminations ne se regroupent-ils pas pour revendiquer plus de justice ?  

François Dubet1 fait la remarque suivante : 

« Si la conscience des inégalités semble s’accentuer, elle ne débouche pas pour autant sur des formes d’action collective véritablement intégrées et organisées. »

Certes, les réseaux sociaux jouent désormais un rôle important en termes de lien social favorisant des mouvements remarquables, Les Indignés, Le Printemps arabe, Occupy Wall Street (OWS), mais ces mobilisations s’essoufflent faute d’un véritable projet collectif.

Les déçus de la gauche, celle même dont la mission relève de la réduction des différences, de l’amélioration des conditions d’existence des plus démunis, du maintien du niveau de vie des classes dites « moyennes », se tournent, en désespoir de cause, vers le parti obscur qui rend « l’autre pauvre », l’immigré, l’étranger, coupable de leurs maux. Ils se réfugient dans un constat amer et résigné, voire haineux, mais se mobilisent peu. 

De l’individualisme démocratique à l’égocentrisme.

La tendance à l’individualisme dans nos sociétés contemporaines me semble expliquer bien des choses. À cet égard, le sociologue Olivier Bobineau2 fait la remarque suivante :

« Quand nous disons « individualiste », il n’y a pas de jugement de valeur. Il s’agit, à la suite de l’anthropologue Louis Dumont, de signifier que notre modernité consacre un état d’esprit d’individus égaux et libres, contrairement à l’esprit des sociétés anciennes où régnait une compréhension foncièrement inégalitaire et hiérarchique du lien entre les hommes, avec la subordination à la société des éléments et parties la composant (Dumont, 1966, 1977 et 1991) »

Ce constat peut être attribué à différents facteurs, parmi lesquels certains me sont apparus comme déterminants :

La génération « contestataire » s’oppose à la génération « attestataire »

D’une part, les générations issues de mai 68 en réaction à une éducation rigide et liberticide tentent de donner à leur progéniture tout ce dont ils ont été privés, à savoir l’épanouissement, l’autonomie.  L’enfant devient alors le centre de l’intérêt familial et développera, dans certains cas à l’âge adulte, un égo surdimensionné. Il refuse les règles collectives et fait preuve d’une absence de compassion envers autrui.

Les années 80 ;  l’avènement d’un nouveau capitalisme

Parallèlement, les bouleversements économiques et technologiques, la flexibilité du travail, ont entrainé un processus croissant d’individualisation des relations. Depuis le début des années 80, le néolibéralisme prône davantage les droits individuels que les droits collectifs. Le profit, la performance, la précarisation de l’emploi contribuent à la mise en concurrence des salariés lesquels, précédemment se rassemblaient pour lutter contre un « ennemi commun ». C’est le règne du « chacun pour soi ». 

François Dubet1 pense que l’homme moderne ressent les inégalités comme brutales, même si elles le sont parfois moins qu’auparavant, tout en se considérant comme responsable de ce qui lui arrive. 

Le consumérisme ; le désir anéanti par les pulsions

Enfin, le système économique par lui-même encourage un certain narcissisme en jouant sur les pulsions, antagonistes du désir, que Bernard Stiegler3 considère comme un des fondements de notre société consumériste. « Or, généralement, ce qui fait la valeur de la vie (aimer quelqu’un, admirer une œuvre, défendre une idée...) n’a pas de prix : les objets du désir sont par structure infinis, c’est-à-dire incalculables. En les soumettant au marché, on détruit le désir, qui est réduit à un calcul. Cela produit une société démotivée, qui a perdu toute confiance en elle, où il n’y a plus de relations sociales, et où triomphe le contraire du désir, à savoir la pulsion : la guerre de tous contre tous, une société policière » « Une société très dangereuse. » 

Aujourd’hui, nous sommes entrés dans ce qu’Olivier Bobineau nomme l’ère de « la troisième modernité »* ou ère du « tribalisme » dans laquelle l’individualisme perdure. L’individu appartient à des microgroupes.  Il leurs manifeste son intégration par des signes d’identification tels les vêtements, les tatouages, etc. l’homme hypermoderne est engagé dans « une construction identitaire selon ses desiderata. ».

Au regard de ce constat somme toute assez pessimiste, on peut s’interroger sur le moyen de faire société.

Comment construire un avenir commun ?

La contrepartie d’un individualisme exacerbé entraine également une exigence et un sens critique très développé envers les institutions, le pouvoir. Pour aller plus loin, on assiste sur l’ensemble de la planète à un attachement croissant aux droits de l’homme.

- Mondialisation, développement des communications

La mondialisation conduit les citoyens à faire preuve d’ouverture et donc de tolérance. L’altermondialisme représente une des premières manifestations politiques d’un engagement citoyen, coopératif, associatif à l’échelle mondiale. Au plan local, des initiatives de soutien scolaire, de loisirs éducatifs, de banques alimentaires, d’action sociale d’urgence, se constituent.

Le développement d’Internet favorise les échanges et le partage : logiciels libres, sites internet collaboratifs, forum.

- Économies parallèles

On assiste au développement de nouvelles formes d’économie plus respectueuses de l’environnement et plus humaines : microcrédit, structures d’économie sociale et solidaire, réseaux coopératifs.

- L’éducation

Parmi les moyens de lier le « je » et le « nous », l’éducation doit jouer un rôle primordial en mettant l’accent sur une réelle égalité des chances ;

- une école offrant les mêmes possibilités de réussite à tous en allouant plus d’aides à ceux qui en plus besoin.

- un système éducatif qui veille à lutter contre les discriminations et l’exclusion.

Du territoire à l’ensemble du monde : une participation citoyenne à la vie politique s’impose.

La reconnaissance des individus en tant que citoyens égaux devant le droit et la reconnaissance de la dignité des personnes dans leur diversité constituent des prérequis fondamentaux pour faire société. L’accroissement des injustices  qui alimente les peurs, les replis et les recherches d’identités entraine des formes de demandes de légitimations émanant d’individus ou de groupes. Ces revendications témoignent d’une aspiration à l’équité et d’un besoin profond : celui d’être inclus dans l’échange social. Cette intégration pourrait prendre pour expression le droit de vote local pour les résidents étrangers, dispositif complété par d’autres mesures comme la représentation politique, la participation civique et sa valorisation, la visibilité médiatique.

Or, la dimension autocratique de l’état est un frein au sentiment d’appartenance du citoyen à une communauté. Ce dernier se sent de plus en plus évincé du débat et les représentants politiques en raison de leur éloignement des préoccupations quotidiennes du peuple se coupent chaque jour davantage de leur électorat. L’organisation de l’Europe en ce sens a accentué cette impression d’isolement de la population par rapport à ses dirigeants.

Dominique Rousseau5 dans un entretien avec Joseph Gonfavreux pour Médiapart exprime la nécessité d’une participation civile à la vie politique : « Aujourd’hui, l’Assemblée nationale représente le citoyen abstrait et il faut une autre assemblée pour représenter les citoyens concrets, c’est-à-dire situés dans leurs activités professionnelles et sociales. Et il faut bien sûr reconnaître à cette assemblée un pouvoir délibératif et non seulement consultatif. »  

 L’abbé Emmanuel, Joseph SIEYÈS

(1748 - 1836), célèbre dès 1788 par son Essai sur les privilèges   synthétise avec la plus grande pertinence les aspirations du peuple : 

Vers la fin du travail ?

Mais, pour s’investir dans la vie de la cité encore faut-il du temps…

Depuis le XIXe siècle, le travail occupe une place prédominante dans l’activité humaine. Or, nous constatons que beaucoup d’entre nous, conséquence de la crise, mais aussi, développement des nouvelles technologies en sont privés.  Certains économistes pensent même, à l’instar de Jeremy Rifkin6 que les emplois sont condamnés à disparaître en grande partie : nous entrons dans l’âge de l’informatisation, qui ne pourra jamais absorber les millions de travailleurs qu’employaient l’agriculture, puis l’industrie, puis le tertiaire.

Est-ce un mal social ou une occasion offerte à  l’homme de mettre à profit un temps libéré pour se consacrer à d’autres activités que celles assez réductrices de ses obligations professionnelles ?

L’allocation d’un revenu inconditionnel attribué au citoyen dès sa naissance jusqu’à sa mort représente non seulement un moyen de résorber la pauvreté mais aussi une opportunité pour l’individu exonéré d’un travail aliénant  de s’investir dans la société civile.

Un engagement politique, associatif  constitue une source  d’épanouissement et un sentiment d’utilité sociale.

« Le travailleur n’est pas seulement un travailleur, un producteur, c’est aussi un corps, un esprit, un parent, un citoyen, et chacun de ces rôles nécessitent un temps propre, une disponibilité qui fait obstacle à la pure logique du marché » écrit Dominique Méda4.

Repenser la société

Nous aurons compris que l’application des diverses transformations sociales et politiques évoquées tout au long de ce texte exige la refonte de notre modèle de société, de ses structures mêmes, économiques et philosophiques.

Au regard du dérèglement écologique, du profond malaise social et politique, nous constatons que ni le système néolibéral actuel ni les régimes politiques expérimentés tout au long de l’aventure humaine n’apportent de réponses véritablement satisfaisantes.

Sans doute faut-il songer à vivre différemment, de manière plus simple, sans pour autant renoncer aux progrès technologiques que l’on peut mettre au service de la population et de la nature ?

L’individu ne peut se résigner au statut réducteur de consommateur qui engendre beaucoup de frustration et jamais de véritable satiété. 

Il existe en chacun de nous bien d’autres sources de richesse.

  • * Notes : « la troisième modernité » succède à « la première modernité » et « la seconde modernité ». Le concept même de modernité repose sur la notion de séparation : séparation des pouvoirs, séparation de l’État et des Églises, de la sphère publique et de la sphère privée, des institutions et des sentiments (Donegani & Sadoun, 2007, pp. 7 et 427).

La première modernité couvrirait la période du milieu du XIXe siècle aux années 1960. Cet « individualisme abstrait » (De Singly 2005) met en avant la vision d’un individu doué de raison qui, à la suite des Lumières, s’émancipe des traditions communautaires.

À partir des années 1960, avec la deuxième modernité apparaît « l’individualisme concret ». Avec ce dernier, « Il ne s’agit plus tant de se séparer de ses attaches communautaires au nom de la raison émancipatrice que de développer l’individu en revendiquant son originalité, son authenticité et son indépendance » (Bobineau & Tank- Storper, 2007).

Dans le cadre de la troisième modernité, « l’individu se construit et se singularise aujourd’hui non pas tant en se référant à son authentique et originale individualité (deuxième modernité) » qu’en s’appropriant des caractéristiques communautaires et affinitaires – celles de son quartier, de sa région, de sa culture singulière, de sa religion, de ses réseaux de prédilection... ou encore celles de ses parents. Affinités, par conséquent, partagées en cercles restreints.

Quelques repères bibliographiques.

: François Dubet est sociologue et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Inégalités et justice sociale, sous la direction de François Dubet. Éd. La Découverte. Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations, Éd. Seuil, 2013.

: Olivier Bobineau, est sociologue « La troisième modernité, ou l'individualisme confinitaire »  SociologieS [En ligne], Théories et recherches, mis en ligne le 06 juillet 2011, URL : http://sociologies.revues.org/3536

: Bernard Stiegler est philosophe, directeur de l’IRI, Institut de Recherche et d’Innovation au Centre Georges Pompidou et président de « ARS INDUSTRIALIS », cercle de réflexion. Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue, de la pharmacologie, Éd. Flammarion, 2010. États de choc - Bêtise et savoir au XXIe siècle, Éd.Fayard/Mille et une nuits, 2012.

4 : Dominique Méda est normalienne philosophe et sociologue Professeure de sociologie à Paris-Dauphine. Elle est également directrice de l'Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso). Qu’est-ce que la richesse ?  Réed.Champ-Flammarion, 2000. La mystique de la croissance. Comment s'en libérer, Éd. Flammarion, 2013.

5 : Dominique Rousseau est professeur de droit constitutionnel à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et préconise l’écriture d’une nouvelle constitution. La Ve République se meurt, vive la démocratie, Éd. Odile Jacob, 2007.

6 : Jeremy Rifkin : La troisième révolution industrielle  Éd. Les liens qui libèrent, 2012,  La Fin du travail Éd. La Découverte, 2007.

Publié le 27/09/2014 16:12  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Habiter les Alpes au XXIe siècle  -  par Capleymar

Les Alpes et l’homme ; une cohabitation possible ?

Annibale Salsa dans un texte publié dans la revue Dislivelli du mois d’avril 2014 ayant pour titre Les nouveaux montagnards du XXIe siècle pointe sur un certain "fondamentalisme environnemental"  qui va jusqu'à entraver la vie quotidienne de la population elle-même. 

Inversement, l’urbanisation sauvage de certaines stations de ski avec toutes les dégradations de l’environnement qu’elle engendre n’est certainement pas une solution. Certains sites des Alpes centrales et orientales inspirent un véritable sentiment d’harmonie entre l’activité humaine et la nature.  Il semble qu'il existe dans ces territoires un prototype d'assimilation de l'homme au milieu montagnard qui pourrait servir de modèle à l’ensemble des acteurs du massif.

Sans doute la recette réside-t-elle dans le fait que ces régions intègrent une culture de la montagne sans discontinuité depuis la nuit des temps. Elles ont subi en proportion moindre, les mouvements d'exode qui ont participé à la désertification de certains territoires alpins.

Aujourd’hui, on observe un phénomène de repeuplement de certaines régions de l’arc alpin. L’économie dématérialisée pourrait, en supprimant les problèmes de déplacements dus au relief,  représenter une voie, parmi d’autres,  à explorer. 

L’anthropologue et ex-président du CAI nous livre dans cet article une analyse passionnante de l’état des Alpes contemporaines, à la recherche d’une voie médiane entre tradition et modernité, viabilité économique et protection  de l’environnement.

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Habiter les Alpes au XXIe siècle

D’après un texte de Annibale SALSA*

La « sportivisation » de l’espace montagnard et un certain environnementalisme fondamentaliste d’essence urbano-centrée ont transformé les hautes terres de ce beau pays en un espace de contradictions. Mais comme en témoigne la publication de Dislivelli « Nouveaux montagnards. Vivre dans les Alpes en XXIe siècle », aujourd’hui, le scénario est en train de changer. Et nous assistons stupéfaits à l’émergence des « nouveaux montagnards ».

L’héritage du patrimoine montagnard, qui nous a été transmis dans la seconde moitié du XXe siècle, est celui d’une montagne inhabitée, rejetée, marginalisée ou idéalisée sous un angle rhétorique. Le rendez-vous avec le boom économique après la Seconde Guerre mondiale a coïncidé avec le développement de la ville, la métropole plus particulièrement, et avec une représentation bipolaire des hautes terres comme une relation schizoïde. D’une part, il y a la mère et la marâtre du monde de la montagne des vaincus, tel qu’elles sont vécues par la population comme hyper-lieu de la souffrance et non-lieu des opportunités vitales. La dualité entre nostalgie et déni a traversé les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt du siècle dernier. D’autre part, la montagne des citadins a créé une autre forme d’ambivalence, tout aussi pernicieuse. Le désir de consommation et de divertissement a contribué à transformer certains territoires en aire de loisir, en terrain de jeu.

À certains égards, ce point de vue semble faire écho, mais avec des accents différents, à la représentation des Alpes définie par l’alpiniste anglais Lesley Stephen en termes de « terrain de jeu de l’Europe ». Cela s’est traduit par un excès de « sportivisation » de l’espace montagnard, responsable de la construction des stations de troisième génération et des installations visant à la pratique du ski total, délibérément exemptée de tout lien avec les résidents de la communauté. Dans cette affirmation de l’absolutisme d’une culture unique, la notion de « territoire » est dépossédée de sa véritable signification socio-anthropologique et réduite à l’expression « terre » de glisse.

Le revers de la médaille de cette conception a donné lieu à l’émergence d’une écologie fondamentaliste, d’essence urbano-centrée, polarisée sur le contraste entre l’homme et l’environnement. Les années soixante et soixante-dix ont posé des problèmes primordiaux de nature écologique, rendant indispensable la nécessité d’aborder la question des limites à la croissance.

La débâcle urbanistique, conséquence d’une montagne colonisée par les styles architecturaux kitch et les modes de vie qui en découlent, ont violé, dans leur orgie consumériste insatiable, cette notion de limite dont la montagne constitue un rappel perpétuel, physique et moral, malgré les séductions de la société du no-limit.

Il ne pouvait donc pas ne pas émerger une conscience critique à ce sujet.

Toutefois, l’attitude adoptée pour répondre aux nouvelles urgences environnementales, tend à considérer les populations alpines de plus en plus résiduelles, comme un obstacle à la libre expression de la nature. La philosophie de la gestion des parcs, surtout nationaux, a été conditionnée par une vision purement conservatrice où l’autochtone est perçu comme un intrus. À cet égard je me souviens des vieilles polémiques au sein des parcs entre les habitants, les administrateurs et les protectionnistes.

Dans ce contexte, il s’est installé une sorte de fausse conscience. À une « culture du oui » tolérant sans discernement toutes les formes d’infrastructures défigurant le paysage s’oppose une « culture du non », non moins irréductible, sur le front de l’interdiction. L’idée du paysage comme un espace d’interdépendance entre les montagnards et le milieu naturel a été totalement occultée.

Les quelques habitants survivants ont dû composer avec une bureaucratie asphyxiante et décourageante dans leur gestion des activités traditionnelles agricoles, sylvicoles et pastorales. Entretemps, l’évolution de la philosophie de la défense de la nature d’une position de tutelle passive vers des formes actives de protection, en particulier à la lumière d’une perception de l’environnement déclinée en termes de complexité, réserve un champ de plus en plus vaste, à une conception mâture du paysage ; non plus la dimension contemplative et esthétisante d’essence idéaliste, à l’origine des premiers actes législatifs dans l’Italie des années 1930 (Loi Bottai 1939) refuge sécurisant pour « belles âmes » hégéliennes. Au contraire, il y a une prise de conscience récente et croissante du rôle inéluctable des nouveaux hommes de la montagne considérés comme « bâtisseurs de paysage », « faiseurs de Montagne » au sens de Bernard Debarbieux. La coexistence des philosophies antagonistes du « tout permis » ou « tout interdit » a transformé le « beau pays » en un territoire de contradictions. La poursuite obsessionnelle de la vitesse à tout prix a réduit la montagne à un stade de ski et d’alpinisme, faisant imploser la relation espace-temps et suscitant l’oubli de la valeur d’un monde profondément influencé par la nature et la culture. Ces deux facteurs, plutôt que d’être placés dans un rapport de convergence et d’ascendance réciproque, ont été représentés en termes d’opposition.

Aujourd’hui nous assistons stupéfaits à la naissance de « nouveaux montagnards ». Qui se souvient des années d’après-guerre, caractérisées par l’anathème envers la montagne, éprouve un sentiment de surprise en observant les témoignages d’intérêt pour la vie sur les hautes terres.

Qu’il soit question du phénomène de « retour au pays » ou de ceux qui cherchent des lieux offrant une qualité de vie dans un monde de plus en plus invivable pour des raisons imputables à l’émergence de nouveaux besoins (« désir de communauté » de Zygmunt Bauman ?), nous sommes, à l’évidence, en présence de faits complètement inattendus.

Quand la montagne semblait devoir osciller entre l’exploitation industrielle, le consumérisme ludique et la mythification de la nature sauvage, personne n’aurait pensé qu’il subsiste encore un espace pour une action de repeuplement.

Aujourd’hui, le scénario se transforme. Cependant, il apparait comme nécessaire de s’interroger sur l’existence d’une place pour « l’homme de la montagne », en dehors des stéréotypes folkloriques, alors qu’il se sédentarise ou devient berger transhumant et doit faire face à la recrudescence des grands prédateurs.

L’idée de la montagne comme un espace réduit à une nature « intacte » et dépourvue d’êtres humains contraste en fait avec l’histoire du paysage alpin et les nouveaux « désirs de montagne ». Il faut, par conséquent, une gouvernance novatrice capable de tirer profit des erreurs du passé et d’accompagner la demande actuelle dans le but d’assurer un avenir humain et écologique à nos montagnes.

* Sa biographie en quelques mots…

Annibale Salsa (1947), Anthropologue, ex-président général du CAI, ex-doyen de l’Université de Gênes, Président du Comité Scientifique de l’Accademia della Montagna del Trentino, Membre du Comité Scientifique de la Fondazione Unesco-Dolomiti.

Vainqueur de la carde d’or de l’Itas 2008 et autres consécrations internationales avec l’essai « Il tramonto delle identità tradizionali » (Priuli & Verlucca).

Conférencier et auteur de multiples publications, également dans des contextes internationaux : scientifiques, historiques, sur l’identité des minorités linguistiques dans les Alpes.

Membre du Groupe Italien des écrivains de Montagne (GISM). Auteur – à la demande de Reinhold Messner  d’un chapitre de l’ouvrage « Dolomiti Patrimonio dell'Umanità ». Éditorialiste au quotidien trentin « L’Adige ».

Publié le 14/08/2014 16:26  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
La ballade de Bavella  -  par Philocat

Enfin une une approche hédoniste de l'escalade... On sent les odeurs minérales, empyreumatiques de la Corse.

Certes, la voie est tout de même côtée 8a+, mais à aucun moment on a une impression de force ou de violence. La difficulté apparaît comme une équation à résoudre et mis à part les pieds, le corps ne semble pas souffrir.

Cette progression tient plus de la chorégraphie que d'un challenge sportif même si la performance est bien réelle.

La poésie du texte et la beauté des images nous offrent 13 minutes de bonheur vertical.

Publié le 22/05/2014 14:14  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Le Ficanas au Cédac  -  par Philocat

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Dans son blog Le Ficanas, Christian Gallo nous fait part d’une excellente  nouvelle : Le concert de  Trilok Gurtu  au CEDAC de Cimiez à Nice, le 17 mai  dernier.

C’est l’occasion de tirer un coup de chapeau à quelques courageux et visionnaires agitateurs culturels…



Le CEDAC de Cimiez grâce à l’initiative de Pierre De Maria, nous offre dès le milieu des années 80 le Jazz le plus avant-gardiste du moment, prenant le relais hivernal du Festival de Cimiez. L’identité de ce dernier,  dans les années 80-90,  reposait  sur deux particularités : d’une part, la convivialité d’une fête populaire se déroulant dans un cadre mythique, d’autre part, la représentation majoritairement qualitative de la production musicale la plus inventive de l’instant.

Le CEDAC suit depuis cette époque cette ligne de programmation, enchantant les périodes de disette musicale, tandis que le rebaptisé Nice Jazz Festival s’est éloigné d’année en année, tant géographiquement que culturellement, de sa vocation initiale.

Il est vrai que la disparition de Miles Davis, Joe Zawinul, Jaco Pastorius, Michael Brecker et plus récemment Paco De Lucia prive l’offre musicale de certains de ses représentants les plus intéressants, mais  il reste de grands créateurs tels Chick Corea, Herbie Hancock dont la relève parait assurée par quelques étoiles montantes comme, le jeune Géorgien Beka Gochiashvili, l’Arménien Tigran Hamasyan ou encore l'Israélien Yaron Herman.

Le Nice Jazz Festival pendant plusieurs années a dérivé vers des voies mal définies produisant des artistes de variété internationale ou de pop musique n’ayant que peu de rapport avec le Jazz.  Désormais, il semble rejoindre une direction plus conforme à son expression première. 

Cependant, son  déracinement vers un centre-ville chaotique lui ôte la magie que lui conférait l’environnement féérique de l’oliveraie de Cimiez. Cette osmose entre culture et nature faisait de ce festival, un évènement unique dans le paysage des manifestations estivales.  C’était une sorte de « Contre Juan Les Pins », la représentation  jazzistique par essence  de l’été, dont la prestigieuse programmation ne prend guère de risque en proposant des artistes de grande qualité certes, mais déjà célèbres et frustrant ainsi le public de nouvelles émotions. 

Publié le 28/07/2014 10:09  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
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